Arriver –
Pays « d’accueil »
L’entonnoir migrant

« Avec mon frère, on a passé 4 mois dans le camp à Calais… mon frère a tenté de passer de l’autre côté… Mais il est mort… je suis resté tout seul… mon père, ma mère, mes sœurs, tout le monde est mort là-bas en Syrie… J’ai réussi à passer en small boat en Angleterre… on m’a arrêté, mis en détention, mis dans une maison de chambre sale… ils m’ont envoyé à Cardiff… Je connais personne à Cardiff… ils me voient même pas… je suis personne… même pas une mouche… je n’existe plus pour personne sur cette terre… »
X, Syrien, 14 ans.
Plusieurs techniques et stratégies visent à vider de tous les migrants, demandeurs d’asile et sans-papiers les lieux visibles aux populations locales des pays d’accueil. Ces cinq techniques d’invisibilisation sont souvent utilisées :
• la biométrisation + -
Technique qui sert à ficher les migrants selon leurs caractéristiques corporelles comme leurs empreintes, l’ADN, etc. La reconnaissance faciale et l’IA sont aussi utilisées.
Une fois fichés, les migrants, lorsqu’ils sont repérés et arrêtés, sont souvent déportés vers le premier pays où ils sont entrés, selon l’Entente vers le Tiers-pays sûr (Canada) ou la dublinisation (Europe).
• la Politique de Zéro Point de fixation + -
La France détruit systématiquement à chaque 48 heures les lieux où vivent les migrants. Les forces de l’ordre et les bulldozers détruisent leurs tentes et leurs maigres possessions, les bidons d’eau potable laissés par les organisations d’aide, etc. La destruction est très violente.
L’intention est de cacher leur présence auprès des populations locales, à les forcer à fuir et à quitter le pays.
• l'emprisonnement + -
Tout migrant qui ne possède pas les documents légaux requis par un pays, soit parce qu’il les attend encore, ou qu’il les a perdus dans sa fuite, ou encore parce qu’une clause est échue, devient un «illégal». Il est emprisonné jusqu’à sa déportation et ce, même s’il n’a commis en fait aucun acte illégal.
Depuis 2026, aux États-Unis, un migrant/immigrant peut être emprisonné même s’il possède les documents légaux officiels lui permettant de rester.
• l’externalisation vers d’autres pays + -
Par contrat, les pays riches paient certains pays et leurs dirigeants, souvent des dictatures, pour maintenir les réfugiés chez eux et les empêcher d’atteindre les pays riches.
L’externalisation sert aussi à déporter les migrants lorsqu’ils réussissent quand même à atteindre ces pays riches. Encore là, des tiers pays pauvres reçoivent et emprisonnent les migrants contre argent sonnant. Les déportations ne tiennent souvent aucun compte de l’origine du migrant, qui peut se retrouver en Afrique ou au Salvador tout en étant, par exemple, Syrien.
• l’étranglement administratif + -
En raison de la bureaucratie et des lois, il est devenu presque impossible pour les migrants de remplir et de fournir les documents demandés par les pays riches pour pouvoir rester. La complexité de trop nombreux documents, les demandes impossibles à rencontrer, érigent un véritable «mur de papiers» infranchissable. Par exemple, fournir ses certificats de naissance, preuves d’emplois, etc., est souvent impossible lorsqu’on a fui un pays en guerre ou désorganisé. Ce sont par exemple ce type de documents qui étaient exigé par le Canada aux victimes de Gaza qui tentaient d’y immigrer.
« J’ai dix-huit ans et tout se complique. Peut-être on me garde. Peut-être on me renvoie. C’est une sorte de loto où je ne choisis même pas les numéros. On remplit des papiers et puis on attend. Dans l’attente, il faut absolument éviter la police. Et quand on commence à la craindre, la police est partout. »
Traversée, Partie 3, scène 7
CAPACITÉ D’ACCUEIL : Concept sans fondement ni définition officielle reconnus, qui sert souvent à justifier les expulsions de nouveaux arrivants. L’ampleur de cette capacité, en réalité, est directement tributaire des ressources qu’on lui accorde. L’argument du dépassement de la capacité d’accueil revient de façon cyclique dans l’Histoire face aux migrations.
DÉSHUMANISATION : Pour pouvoir faire souffrir un autre humain, il n’y a qu’une seule manière : le considérer comme une simple roche, sans sentiments, émotions, chaleur. La déshumanisation des migrants est au cœur des stratégies pour éliminer les migrants des pays d’accueil.
Note : la roche comme métaphore a été utilisée par la philosophe Simone Weil pour décrire la guerre et les émotions des soldats.
Et pourtant… on rit, on pleure, on aime tous pareils….


